"I shit on the chest of fun."

(Hunter S. Thompson)


vendredi 4 décembre 2009

Je ne suis jamais allée à New York


Vous voyez bien que la vie existe qu’il se passe des choses et qu’on peut saisir ces choses et les mettre dans des cadres les développer dans des chambres noires et les accrocher à ses murs comme preuve qu’on y était les avoir sous nos yeux et ne jamais les regarder seulement vivre avec les images témoins de l’existence et des choses qui s’y passent et que du coup les photos qu’on n’a pas prises ne sont que des histoires qui n’ont pas eu lieu d’un weekend à New York l’image qui n’a pas été fixé dans le temps d’un carré de Central Park d’un ciel plutôt gris d’une fille blonde avec des boutons de varicelle et les yeux rougis par le flash  et de l’homme qui fait la moue avec son regard hors champs et ses yeux son visage sa bouche ses épaules à elle tournés vers lui un sac dans une main une carte dans la sienne et les deux autres qui se tiennent d’un stand à Hot-Dog et de l’homme qui sourit à la caméra ses cernes jusqu’aux dents du ketchup sur le menton de la fille qui rit la bouche grande ouverte et les yeux fermés et la tête renversée et au centre le vendeur et de la moutarde et du choux enfin mal cadrée de la chambre miteuse les draps du lit tachés à leur arrivée les coulisses jaunes sur les murs la fenêtre barricadée et cette photo qu’on n’a jamais prise du soir où sur ses lèvres en tournant très vite les images on aurait pu lire le mot t’aime qui n’aura donc jamais été dit et sur leurs genoux à leur retour l’album souvenir qu’on n’aura jamais tenu et l’inscription sur la couverture dont on aurait dû lire Jean-Claude et Alice à New York printemps 2006 mais non je ne suis jamais allée à New York.

lundi 30 novembre 2009

Glamour puanteur

Deux hystériques se mordent les doigts.

- Un peu seulement. Mes chairs sont brulées.
Friction caresses molles.
Sa queue en feu, en plus des ecchymoses sur mes fesses. C'était en ville la nuit, après Come Together dans mes écouteurs et maintenant je ne sais plus écrire.
- Quoique, tu préfères quand c'est brutal, alors c'est comme tu veux. Moi je ne me caresse pas. Pas avant que ce soit dans ta bouche.
Lendemains de rédaction nues fesses et des demandes de subventions en beurrant ma chaise.
- Tu n'es pas venu dans ma bouche, je me demande ce que tu goûtes.
Suivi de
- J'aime pas les agaces. Tu viens ou tu me laisses tranquille.

Enfin, mémoire de l’humeur et du masochisme
- Va chier. J'avais jamais fourré une ptite grosse avant toi. J'ai l'habitude des belles femmes.

Vous voyez bien que je ne sais pas écrire les histoires d’amour.

The End

samedi 7 novembre 2009

Retour

La nuit est tombée comme un piano à queue qu’on prend sur la gueule. Une main dans la poche on appuie sur forward : Everbody’s gotta learn sometimes. Les vitres sont couvertes de neiges sales, on n’y voit presque rien. Au moment où on étire le bras pour demander l’arrêt du bus, une femme sur le trottoir de la rue Dalhousie se fait éclabousser par les voitures. On descend à l’arrêt du traversier sans dire merci, les écouteurs toujours dans les oreilles et on met le pied dans une flaque de boue. Le bateau est accosté. Il suffit d’entrer, de monter quelques marches. Il fait sous zéro, un temps d’une sincère morosité.


Now playing : Modern romance. On est restée seule dehors sur le pont. Les passagers à l’intérieur achètent des chips dans les machines, s’ignorent les uns les autres. Ici tout est immobile. La ville est morte, pas un bruit, pas un pli. On allume une cigarette, les doigts rougis par le froid. Il suffit de respirer pour que la vie passe. Rien d’autre à faire qu’attendre. Lévis en face, chez-soi, la ville sur le cap, les lumières du couvent, semble loin.


On saute Visons of Johanna. Random : Sweet Jane. Ça ira. Sur le quai, les employés lancent les amarres. La sonnerie du départ se fait entendre et les moteurs se mettent en marche. On s’appuie sur le garde-fou pour ne pas perdre l’équilibre. Les eaux du fleuve sous nos pieds font des bouillons jaunes. Déjà on s’éloigne. On se demande si, en sautant, on arriverait à atteindre le quai d’ici.


Let’s get it on. Trop tard, Québec est déjà loin. Au milieu du fleuve, l’eau semble épaisse comme du pétrole. On jette le mégot, le vent l’attrape, puis le laisse plonger dans la nappe noire. Les joues piquent. On aperçoit des voitures sur le boulevard St-Laurent, chez-soi. Envie de rentrer.


Island in the streem. Les passagers se pressent, se poussent contre la passerelle. On monte le son pour ne pas les entendre. On fait vite, on esquive, dépasse, on avance parmi les autres. On descend les escaliers mouillés, le tapis imbibé : Attention Wet floor. On remarque les cernes blancs sur les bottes. Quelqu’un nous tient la porte, merci c’est gentil. Au coin de la rue, de retour en dehors, une voiture est arrêtée. On reconnaît papa à l’intérieur. Stop. Les écouteurs tombent dans la poche. On court un peu en saluant déjà de la main. La voiture démarre avant même qu’on y soit. Il y fera chaud.

Blood Pudding

Vous voyez bien que la vie existe, qu’il se passe des choses.

Sur la rue Vilain de l’arrondissement Haute-Ville-Deslimbes, Une adolescente sur Une reçoit la visite de son grand frère dans son lit toutes les nuits, Un handicapé mental obèse sur Un viole sa jeune sœur dans son lit toutes les nuits et deux parents par lit king size sur Deux dorment en ignorant ce qui se passe dans la chambre de leurs enfants.

Shit happens.

Rue Vilain, l’hiver, composition suprématiste: carré blanc sur fond blanc. Juxtaposition Mur / Vitre / Rue. Carré d’où entre (sort?) la lumière blanche. Bancs de neige jusqu’à perte d’envies. Ciel : blanc. Arbres : blancs. Hommes : invisibles. La neige s’accumule, condamne les portes, les fenêtres. Une tache noire mouvante, un insecte étourdi de froid sur une nappe blanche. À l’aube aveugle, les pattes enfoncées dans le tapis, une floune anorexique belle comme un cadavre d’enfant regarde de l’intérieur. Les stores sont fermés en permanence. Il n’y a rien à voir. Elle n’a aucune mémoire du dehors.

Au déjeuner, le gros trisomique prend du bacon et des œufs sunny side up, la mère des cretons de veau extra-maigre sur du pain intégral, le père est déjà parti travailler et la floune ne mange rien. Elle vomit quand même, en cachette, de la bile et des boules de poil. Tout le monde sourit, tout le monde est poli, tout le monde espère secrètement tomber sur la balle chargée en jouant à la roulette russe.

Tout le monde meurt à la fin de toutes les histoires.

samedi 24 octobre 2009

Temps monotone

On objectera p-ê que ces instants dramatiques séparent deux durées plus monotones. Mais nous appelons monotone et régulière tout évolution que nous n’examinons pas avec une attention passionnée. Si notre cœur était assez large pour aimer la vie dans son détail, nous verrions que tous les instants sont à la fois donateurs et spoliateurs et qu’une nouveauté jeune ou tragique, toujours soudaine, ne cesse d’illustrer la discontinuité essentielle du temps.

Gaston Bachelard, L’intuition de l’instant, Édition Stock

vendredi 9 octobre 2009

chut

Dans l’ordre, j’ai fait la tournée de mes trois comptes de messageries. Ensuite, j’ai éteint l’ordinateur, je me suis levée, je suis allée à la salle de bain, j’ai fait pipi. J’ai pris deux bonnes longueurs de bras de papier hygiénique pour m’essuyer, que j’ai ensuite jeté dans la cuvette. Je n’ai pas tiré la chasse, plus par paresse que par soucis d’économie d’eau. La chasse d’eau est brisée depuis un moment. La propriétaire passait autrefois de temps en temps pour faire la maintenance dans l'appartement, mais depuis que je lui dois deux paiements, elle ne passe plus.

Je me suis essuyée, j’ai jeté le papier dans la cuve, je me suis lavée les mains et je me suis brossée les dents. Pas une fois je ne me suis regardée dans le miroir.


Dans ma chambre je me suis déshabillée, j’ai enlevé mon soutien-gorge, libéré mes seins, puis j’ai enfilé une paire de leggings troués, une camisole pour enfermer mes seins à nouveau, un chandail long puisqu’il faisait froid. Je me suis glissée sous le drap et les quatre couvertures, j’ai activé l’alarme du réveil matin, j’ai retiré mes lunettes, fermé la lumière de la table de chevet, j’ai mis des bouchons de caoutchouc dans mes oreilles, j’ai replacé les oreillers sous ma tête et j’ai fermé les yeux.


Ma main droite s’est glissée, un peu par automatisme, sous ma culotte. De l'index j'ai écarté mes lèvres sèches, le majeur et l’auriculaire ont pressé mon clitoris, sec aussi. D’une forte pression de la main je l’ai massé en visualisant des pénis en érection et des vagins mouillés. Pleins, rasés, des membres sans corps, sans visage. Quelques minutes plus tard j’ai joui, j’ai enfoncé un doigt dans ma vulve et je l’ai frotté sur le relief rugueux à l’intérieur puis, quand les spasmes se sont fait plus distants, j’ai recommencé, une fois, deux fois, trois fois, jusqu’à ce que j’aie mal au bras.

Alors j’ai rallumé la lampe, j’ai remis mes lunettes, j’ai retiré mes bouchons d’oreilles, je me suis levée, je suis retournée m’asseoir devant l’écran. J’ai ouvert l’ordinateur, j’ai allumé une cigarette et j’ai vérifié à nouveau mes trois comptes de messageries. J’ai constaté encore une fois que je n’avais reçu aucun courriel. J’ai tiré sur ma clope jusqu’au filtre, je l’ai écrasé dans le cendrier, puis je me suis levée, je suis retournée à la salle de bain. Je me suis concentrée sur la pression de ma vessie et en attendant, j’ai respiré l'odeur de mes doigts. Ils sentaient le sexe et la cigarette.


J’ai pissé, je me suis essuyée, j’ai plongé le bras dans le réservoir d’eau, j'ai tiré sur le couvercle sous la pompe et la toilette s’est vidée. Je me suis lavée les mains et j’ai repris le tube de dentifrice pressé au maximum.

Je n’ai pas les moyens de me laver les dents aussi souvent, ai-je pensé.

J’ai reposé le tube, bu une gorgée d’eau, je me suis observée un moment dans le miroir, je me suis trouvée moche. J’ai éteint la lumière et je suis retournée me coucher, cette fois pour de bon.

mardi 21 juillet 2009

Maman disait On nait avec une série de cartes. Ces cartes, on les joue comme on peut. On ne peut pas les changer. C’est notre jeu, on les joue, quitte à bluffer.

Je ne sais plus quand elle disait ça. Maman disait, dit toujours beaucoup de choses.
Je me rappelle les tuiles de la salle de bain, beiges et roses, la céramique sur la rue D’aubigny. Je me rappelle que je m’y suis assise, au pied du bain, et que papa et maman se sont assis avec moi, moi entre les deux, et qu’on a pleurer ensemble. Peut-être que c’était moi seulement qui pleurait, mais j’aime penser qu’on pleurait tous ensemble.
Je me rappelle m’être dit des bêtises souvent, m’être traiter de grosse vache sale devant le miroir, m’être donner des coups de poings sur les jambes, sur la tête, des claques dans le visage. Grosse vache laite, salope, t’es grosse, tu vaux rien, grosse criss de vache.

Maman disait Tu es plus belle aujourd’hui que tu ne le seras jamais. Elle disait Aujourd’hui est le premier jour de ta vie, mais depuis qu’elle l’a dit j’ai entendu cette phrase trop souvent.

Ce matin, nue devant le miroir, je me demandais comment j’allais m’habiller lorsque je serais à Aix en voyage, ce que je mettrais dans ma valise. Je me regardais, mon corps, ma chair, mon ventre, mon visage, de profil, de face.

J’ai quatre As et un Roi dans mon jeu.

lundi 6 juillet 2009




Elle est une femme impatiente. Ça se voit bien d’ailleurs : toujours la première à finir son assiette. Première à jouir, première à dormir.

C’est que le temps dure longtemps et qu’elle a pris un peu d’avance. Parce qu’elle aimerait que tout arrive pour de bon, que tout ce qu’il y a à faire soit fait, et d’en finir avec les larmes et qu’après plus rien. Avoir cru au bonheur, elle l’aurait cherché dans le silence du dernier lieu ou dans la dormance des volcans. Mais elle s’étourdie de ce bruit ambiant, de toutes les paroles, des grands pas que font les gens. Elle s’y précipite sans faire d’économie, pour que peut-être ensuite il n’en reste rien.

Comme cette nuit où elle est tombée par accident dans ton lit. D’un seul souffle les caresses, l’embarras, goûter à tout partout à la fois, offrir et prendre, gémir déjà, enterrer sa maladresse sous ses cris, s’élancer de là-haut, craindre que tout s’évanouisse entre temps, surtout ne pas se laisser envahir par l’angoisse, ne pas réfléchir à sa chair molle, à l’expression de son visage, aux ricochets du désir assouvi qui vous laisse plus petit qu’avant, aux larmes qui montent soudain, suspendre ses émotions dans la foulée, surtout ne pas laisser ses yeux se remplir d’eau, surtout ne pas envisager l’impuissance de son cœur à tenir le coup, se hâter d’en finir.

Une fois étendue, dans le calme plat de la nuit, poser un pied par terre aide à atténuer la nausée.

Qu’il serait bon, pense-t-elle, de se réveiller un matin et que la terre ait cessé de tourner.

samedi 27 juin 2009

N'importe où

pour Annie




Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas, et cette question de déménagement en est une que je discute sans cesse avec mon âme.

« Dis-moi, mon âme, pauvre âme refroidie, que penserais-tu d’habiter Lisbonne ? Il doit y faire chaud, et tu t’y ragaillardirais comme un lézard. Cette ville est au bord de l’eau ; on dit qu’elle est bâtie en marbre, et que le peuple y a une telle haine du végétal, qu’il arrache tous les arbres. Voilà un paysage selon ton goût ; un paysage fait avec la lumière et le minéral, et le liquide pour les réfléchir ! »

Mon âme ne répond pas.

« Puisque tu aimes tant le repos, avec le spectacle du mouvement, veux-tu venir habiter la Hollande, cette terre béatifiante ? Peut-être te divertiras-tu dans cette contrée dont tu as souvent admiré l’image dans les musées. Que penserais-tu de Rotterdam, toi qui aimes les forêts de mâts, et les navires amarrés au pied des maisons ? »

Mon âme reste muette.

« Batavia te sourirait peut-être davantage ? Nous y trouverions d’ailleurs l’esprit de l’Europe marié à la beauté tropicale. »

Pas un mot. — Mon âme serait-elle morte ?

« En es-tu donc venue à ce point d’engourdissement que tu ne te plaises que dans ton mal ? S’il en est ainsi, fuyons vers les pays qui sont les analogies de la Mort. — Je tiens notre affaire, pauvre âme !

Nous ferons nos malles pour Tornéo. Allons plus loin encore, à l’extrême bout de la Baltique ; encore plus loin de la vie, si c’est possible ; installons-nous au pôle. Là le soleil ne frise qu’obliquement la terre, et les lentes alternatives de la lumière et de la nuit suppriment la variété et augmentent la monotonie, cette moitié du néant. Là, nous pourrons prendre de longs bains de ténèbres, cependant que, pour nous divertir, les aurores boréales nous enverront de temps en temps leurs gerbes roses, comme des reflets d’un feu d’artifice de l’Enfer ! »

Enfin, mon âme fait explosion, et sagement elle me crie : « N’importe où ! n’importe où ! pourvu que ce soit hors de ce monde ! »


(Charles Baudelaire, N'importe où hors du monde)


jeudi 25 juin 2009

Lieux où on a dormi

2.
Le visiteur du soir, Jean Paul Lemieux, 1956


Chez Jean-Claude, sur la rue Ste-Claire, j'y ai dormi des centaines de fois.

Le lit, c'est un vieux matelas qu'il a trainé d'appartement en appartement et qui est posé sur une base de futon. Quand on entre dans la chambre, il y a sur le mur de gauche deux gardes-robes et au centre est scotchée une carte postale représentant Le visiteur du soir de Jean Paul Lemieux. C'est moi qui aie acheté cette carte au kiosque du Musée des beaux-arts lors d'une visite parce que j’aime bien cette image, mais il n’est rien écrit derrière et donc la carte n'a pas de valeur sentimentale, on l’a juste collée là sur le mur pour décorer.

Ensuite, sur l'autre mur, il y a trois fenêtres. Deux sont couvertes de vieux draps qui tiennent par des clous et la dernière d’un rideau brun qui protège mal de la lumière du jour.

Au fond, il y a le lit. Du côté où je dors, à droite, il y a une table basse et une radio-réveil rouge. On peut y mettre des cd, et ça peut être Sunday Morning des Velvet Underground ou bien Illinois de Sufjan Stevens qui y joue, deux albums que je n’ai plus écouté après et c’est dommage. Sur la table il y a aussi mes bouchons d’oreilles pour ne pas entendre Jean-Claude ronfler, mes lunettes, peut-être un livre ou une bande dessinée mais je ne sais plus lesquels.

Les draps du lit sont bleus poudres, avec un vieil édredon usé par-dessus et je n’arrive pas à dormir si la literie ne tombe pas de façon symétrique à mes pieds, je me lève tout le temps pour la replacer et ça énerve Jean-Claude.

Du côté gauche, le sien, il y a cette énorme armoire, j'ignore de quelle sorte de bois elle est faite mais elle est massive et peu pratique, avec ses petits tiroirs sur les côtés et sa penderie au milieu. Dedans on n’y trouve pratiquement rien, sinon de vieilles lettres et d’autres souvenirs dans lesquels je fouille jalousement lorsque Jean-Claude n’est pas là, et à vrai dire je déteste ce meuble.

Enfin, il y a un sofa près de la porte où s’empilent des vêtements sales. Par les fenêtres, on entend les gens monter et descendre la rue Ste-Claire pour se rendre sur la rue St-Jean ou en basse-ville et le soir on entend parfois Benoît pratiquer son cor français à l’étage en dessous.

À côté de la chambre de Jean-Claude, au bout du couloir, il y a celle du petit, qui a quoi, cinq, six ans? et qui lui dort dans un lit que mon père a construit des années plus tôt et dans lequel j'ai aussi dormi. Lorsque le petit vient nous rejoindre au milieu de la nuit ou très tôt le matin, il se glisse entre nous ou bien il se couche contre Jean-Claude et parfois je me fâche et le renvoie dans sa chambre.

La dernière fois que j’ai dormi dans cet endroit, en fait je n’ai pas vraiment dormi; j’ai tourné et j’ai pleuré et ensuite je suis partie, c’était au printemps 2006.
Je ne sais pas qui dort dans cette chambre aujourd’hui.

mercredi 24 juin 2009

Lieux où on a dormi

1.
C’est une chambre, mais c’est aussi un salon, une cuisine qui flottent sur l’eau. Elle s’appelle La Renou, j’ai six ans et nous voguons, mes parents, mes deux frères et moi sur le lac Champlain. Dans la pointe, il y a le lit de mes parents, un triangle dans lequel il faut se coucher la tête vers l’extérieur, tandis que Julien, Etienne et moi dormons sur la table. Ainsi, le soir après souper, une fois l’ancre jetée, papa pose un drap sur la table qui est tout au centre du voilier et nous nous accordons tous les trois comme des fils minces avec nos petits oreillers. Je dors au milieu, les pieds de mes frères entourant mon visage. Et je pense, oui je crois bien me rappeler l’odeur de diesel des bateaux à moteurs amarrés à la marina.
Ce qui est étrange avec le souvenir de cet endroit où j'ai dormi, c'est la réalisation que le temps rétrécie aussi l'espace. Nous étions petits, mes parents étaient encore très jeunes, Rose n'était pas née et c'est irréel de penser que nous avons été ces êtres-là ensemble, avec tout ce que nous savons de nous-mêmes maintenant. La Renou a disparue, certes, mais plus encore, ces gens-là n'existent plus.
Lorsqu’on passe quelques temps sur un voilier, le remous pénètre nos sens, notre peau et une fois sur la terre, dans le grand lit que j'occupe aujourd'hui, il se fait encore sentir. Quelques vagues sous mes fesses, comme ça, et qui donnent un peu la nausée.

dimanche 14 juin 2009

Un weekend

Dumplings et Tchai latté,
les filles à bicyclette filent en coup de vent et sous les jupes leurs petites culottes,
du rosé et des mojitos, Ontario, Laurier, les fourmis du parc, un vin tourné au vinaigre qu'on boit tout de même,
Vincent Gallo et Christina Ricci,
des ampoules sur les pieds, Annie et mon coup de soleil, un poème de Richard Brautigan,
l'air climatisé fait mal dans le cou, du blood pudding et des épinards pour déjeuner,
Urban Outfitters où rien ne fait,
un chat regarde un arbre qui regarde le ciel, une terrasse sur le toit d'où l'on ne voit pas les étoiles,
une soupe tonkinoise dans un Chinatown trop propre, on va magasiner, bixi, cigarettes,
Wendy et Lucy, Jonathan, de la peau,
accroché à son iphone, la sueur sous mes bras, je suis moche, on fait l'amour,
M.I.A., la coupe Stanley,
Montréal, Montréal, c'est si joli.

samedi 6 juin 2009

My little poet

dimanche 31 mai 2009

Partons

mardi 14 avril 2009

"Le monde en moi"

Le Prix littéraire François Mauriac, qui est remis tous les ans à un ouvrage dont la teneur manifeste un engagement de l’auteur dans son siècle et qui est évocateur de la société de son temps, était attribué en 2008 à Annie Ernaux pour son livre Les années.
Ernaux faisait valoir en 2003, dans un entretien avec Frédéric-Yves Jeannet, la dimension politique et engagée de son œuvre : « (…) j’ai dit l’autre jour qu’écrire était ce que je pouvais faire de mieux comme acte politique, eu égard à ma situation de transfuge de classe. Mais je ne voulais pas signifier par là que mes livres remplacent l’engagement, ni même qu’ils sont la forme de mon engagement. Écrire est, selon moi, une activité politique (…) »

L’auteur confirme dans son plus récent ouvrage cette posture littéraire. Les années est un récit auto-socio-biographique, qui retrace l'évolution de la société française, de l'après-guerre aux années 200, à la fois d'un point de vue général - par le recensement des opinions, expressions, objets, chansons, coutumes – et personnel, puisqu’à travers la description des photos et des scènes familiales est commentée l’existence d’une femme.

Tôt dans sa carrière littéraire, Annie Ernaux renonce à la fiction pour entreprendre son projet auto-socio-biographique, un choix révélateur qu’elle explique dans L’écriture comme un couteau : « Mais ce terme de "récit autobiographique" ne me satisfait pas, parce qu’il est insuffisant. Il souligne un aspect certes fondamental, une posture d’écriture et de lecture radicalement opposé à celle du romancier, mais il ne dit rien sur la visée du texte, sa construction. (...) Or, La Place, Une femme, La honte et en partie L’événement, sont moins autobiographiques qu’auto-socio-biographiques. »

Le terme « confessions impersonnelles » proposé par Pierre Bourdieu dans ses Méditations pascaliennes illustre parfaitement la démarche d’écriture entrepris par Annie Ernaux: « Je ne parlerai donc que très peu de moi, de ce moi singulier en tout cas, que Pascal dit "haïssable". Et si je ne cesse pourtant de parler de moi, il s’agira d’un moi impersonnel que les confessions les plus personnelles passent sous silence, ou qu’elles refusent pour son impersonnalité même.

Ainsi, témoignant de l’influence des théories de Pierre Bourdieu sur son travail, Ernaux écrivait en 2005 : « Mais la confession impersonnelle que je pratique part de l’intime, du singulier (…) et l’impersonnalité provient d’une distance objectivante qui prend en compte les données sociologiques, historiques, en s’efforçant de mettre au jour quelque chose de collectif, de général. »

Son parcours individuel, Ernaux le juge représentatif de son époque. C’est pourquoi elle tente dans Les années d’extraire de sa mémoire les expériences personnelles et collectives significatives pour en faire une synthèse de plus de 60 ans d’Histoire vécue.
Annie Ernaux naît en 1940 et passe son enfance à Yvetot en Normandie. Elle grandi dans un milieu social modeste : ses parents sont d’abord ouvriers, puis petits commerçants.

Si l’habitus de classe, c’est-à-dire les dispositions des individus acquises par leurs expériences sociales qui sont à l’origine de leurs pratiques, est selon Bourdieu déterminé par la necessité, il semblerait donc que la pauvreté économique détermine la pauvreté culturelle des milieux ouvriers, phénomène sur lequel Ernaux s’est penché abondamment dans La Place et Une femme consacrés à la vie de son père et de sa mère.

Pourtant, malgré ces conditions sociales difficiles, la mère d’Ernaux l’encourage à poursuivre des études Elle est envoyée à l’école privée, puis, étudiante boursière, elle complète son éducation à l’université de Rouen, où elle découvre le Surréalisme d’André Breton. Elle reprendra d’ailleurs plus tard sa formule célèbre: « Transformer le monde, a dit Marx; Changer la vie, a dit Rimbaud; ces deux mots d’ordre pour nous n’en font qu’un. »

Agrégée et professeur de lettres modernes, puis écrivain à succès, elle se qualifie elle-même de transfuge de classes pour expliquer la tension provoquée par son ascension sociale.
C’est ce mal-être social causé par la rupture d’avec le monde des « dominés » et ce passage à une classe sociale de dominants qui sera le moteur de la démarche d’écriture d’Annie Ernaux.

Pour tenter de faire un bref résumé des thèmes abordés par Ernaux dans Les années, nous procéderons à sa manière, relatant les évènements marquants et suivant l’ordre chronologique de son texte.

On remarque à ce propos que, bien qu’Ernaux ait choisi d’éviter l’usage de chapitres pour diviser les segments de son texte - ce qui suggère que le temps vécu ne se divise pas mais s’écoule d’une traite - les tournants de chaque décennie sont marqués par une description détaillée d’une photographie caractéristique de l’époque, la représentant enfant, adolescente, mère de famille et grand-mère, dépeignant les modes vestimentaires, des manières d’être, de se tenir, les lieux visités etc.
Ces arrêts sur images sont systématiquement accompagnés du récit d’un repas familial du dimanche. On y suit l’évolution du langage, des habitudes alimentaires, des sujets de conversation, des mœurs etc.

L’ouvrage s’ouvre donc sur la description détaillée d’une photo en noir et blanc montrant un bébé rachitique, puis sur la mise en scène d’un repas de fête et l’énumération fragmentée des sujets de conversations des convives :
« Ils n’en avaient jamais assez de raconter l’hiver 42, glacial, la faim et le rutabaga, le ravitaillement et les bons de tabac, les bombardements, l’aurore boréale qui avait annoncé la guerre... »

À la fin des années 40 et au début des années 50, elle assiste à la Reconstruction des bourgs normands, qu’accompagnent le développement urbain et les progrès médicaux qui bouleversent la vie quotidienne avec la venue de l’eau courante et des antibiotiques, bouleversement décrient tels qu’ils sont perçues par une petite fille d’à peine 5 ans, souvenirs voilés par la mythologie de l’enfance.
Ernaux s’applique ainsi à faire une lecture de ce que le monde à inscrit en elle par l’immersion dans ce temps révolu.

«Les enfants n’écoutaient pas et se dépêchaient de quitter la table dès qu’ils en avaient reçu la permission (...) Mais ils retenaient tout. À côté de ce temps fabuleux – dont ils n’ordonneraient pas avant longtemps les épisodes, la Débâcle, l’Exode, l’Occupation, le Débarquement, la Victoire – ils trouvaient terne celui, sans nom, où ils grandissaient. »

Glissant imperceptiblement d’un temps vers un autre, Annie Ernaux peint une fresque des chambardements politiques et sociaux dont elle a été témoin. Placée devant la multiplicité des objets de la réalité à saisir, Ernaux procède à l’énumération de souvenirs divers, recensant non seulement les événements mais également les livres lus, les paroles de chansons qui ont marqué, les scènes de films retenues, faisant l’inventaire des progrès technologiques, passant en revue les objets accumulés, de façon à déployer un étonnant tableau de ce dont est faite la vie quotidienne. Les commentaires entendus, les croyances et les expressions d’autrefois sont rapportés comme une rumeur souterraine.

« Au-dessous de l’idéal et des yeux clairs s’étendaient, on le savait, un territoire informe, gluant, contenant des mots et des objets, des images et des comportements : les filles-mères, la traite des Blanches, les affiches du films Caroline chérie, les capotes anglaises, les mystérieuses publicités pour “l’hygiène intime, discrétions assurée ”, les couvertures du journal Guérir, “les femmes sont fécondes que trois jours par mois“, les enfants de l’amour, les attentats à la pudeur, Janet Marshall étranglée avec son soutient-gorge dans un bois par Robert Avril, l’adultère, les mots lesbienne, pédérastre, la volupté (...) à l’infini. »

À l’adolescence, ce sont, plus que l’existentialisme ou le retour de Charles de Gaulle, les interdits moraux de l’Église catholique et de l’autorité parentale qui préoccupe l’auteur. S’éduquer, lire Sagan et Beauvoir, pratiquer la méthode Ogino n’apportent aucun secours contre la honte qui menace les jeunes filles.
En effet, dans les années 60 l’interdiction d’avorter par la loi obligera des milliers de filles à subir des opérations clandestines, dont Ernaux elle-même.
« Avoir lu Simone de Beauvoir ne servait à rien qu’à vérifier le malheur d’avoir un utérus. »

Lorsque la pilule contraceptive est enfin légalisée, Ernaux est déjà mariée et mère. Son existence rangée ne la laisse pas présager le retournement des mentalités qui marque la fin des années soixante.

« C’était un printemps pareil aux autres (...) On avait suivi les jeux olympiques d’hiver avec Jean-Claude Killy, lu Élise ou la vraie vie, (…), ne prêtant qu’une attention vague aux troubles dans les universités parisiennes relatés à la radio.»

Au mois de mai 1968, brusquement, le temps semble s’arrêter : « Penser, parler, écrire, travailler, exister autrement : on estimait n’avoir rien à perdre de tout essayer. 1968 était la première année du monde.»

Soudainement, on cherche à tout connaître, on se gave d’idées et de concepts, on remet en question la famille, l’éducation, le travail.

« Sortaient de partout des mouvements, des livres et des revues. Des philosophes, critiques, sociologues : Bourdieu, Foucault, Barthes, Lacan, Chomsky, Baudrillard, William Reich, Ivan Illich, Tel Quel, l’analyse structurale, la narratologie, l’écologie. »
Le flot de connaissances nouvelles enivre et le discours sur la sexualité féminine continue à évoluer, laissant rêveur :
« On ne se souviendrait ni du jour ni du mois (...), seulement qu’on avait lu tous les noms, du premier au dernier, des 343 femmes – elles étaient donc si nombreuses et on avait été si seules avec la sonde et le sang en jet sur les draps – qui déclaraient avoir avorté illégalement, dans Le Nouvel Observateur. »

Dans les années 70, on commence à se réaliser hors du couple et on entrevoit l’écriture :
« Au fur et à mesure que sa mémoire se déshumilie, l’avenir est à nouveau un champ d’action. Lutter pour le droit des femmes à avorter, contre l’injustice sociale et comprendre comment elle est devenue cette femme-là ne fait qu’un pour elle. »

De plain-pied dans la société de consommation, on divorce, se séparant les biens dont l’accumulation résume la vie commune. « Les idéaux de mai se convertissaient en objets de divertissement. »

Tandis que les guerres du monde suivent leur cours, on observe avec distraction le déroulement de la vie extérieur sans savoir ce que l’on retiendra plus tard de ces jours-là. Dans la lassitude des discours politiques, on assiste à l’arrivée de Jean-Marie Le Pen. Parallèlement, on craint cette maladie nouvelle, le sida.

Au début des années 80, « Les hommes politiques se produisaient à la télé dans des mises en scène solennisées et tragifiées par la musique », affirme Ernaux. « L’État s’éloignait à nouveau de nous. »
La religion catholique s’efface, le mur de Berlin s’écroule, Saddam Hussein envahit le Koweit, on ne s’y intéressera pas beaucoup plus qu’aux Hutus et aux Tutsis qui plus tard s’entretueront au loin. On amène les enfants au MacDo et on se méfie de l’ordinateur.

« Les années 90 qu’on venait de traverser n’avaient pas de signification particulière, des années de désabusement. » On préfère ne pas se souvenir des crises en Irak, au Kosovo. « Il n’y a rien devant nous. » On se rappellera de la mort de la princesse Diana et avec cynisme de la robe tâchée de sperme de Monica Lewinsky.

L’année 2001 représente un autre tournant dans la vie. On devine qu’elle marquera l’Histoire des grands bouleversements.
« De prime abord c’était quelque chose qui ne pouvait être cru (…) ni pensé, ni ressenti, juste regardé sur l’écran de télévision, encore et encore, les tours jumelles de Manhattan s’effondrant l’une après l’autre (…) comme si à force de voir les images cela allait devenir réel. »
Bien entendu, Ernaux ne fait pas que mentionner les dates importantes du siècle, elle les commente à travers le discours ambiant, les impressions rapportées et une abondance de souvenirs d’ordre personnels ou collectifs associés aux événements.
« Le 11 septembre refoulait toutes les dates qui nous avaient accompagnés jusqu’ici. De la même façon qu’on avait dit "après Auschwitz", on disait "après le 11 septembre", un jour unique. Ici commençait on ne savait pas quoi. Le temps aussi se mondialisait. »
Pour la narratrice, les années 2000, c’est aussi la mort de Pierre Bourdieu et la victoire de Le Pen au premier tour des élections présidentielles. Le sentiment d’avenir est remplacé par un sentiment d’urgence. Le lifting et le viagra s’inscrivent en faux contre l’usure du corps et ce cancer du sein qu’ont soudainement toutes les femmes autour de soi.

Il faut alors « Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais. »

Ainsi, de la même manière que le temps vécu se déploie hors de nous dans un magma d’images et de sensations, les phrases d’Ernaux nous transportent jusqu’au moment le plus près du présent, celui de la rédaction de son récit:
«Ce que ce monde a imprimé en elle et ses contemporains, elle s’en servira pour reconstituer un temps commun, celui qui a glissé d’il y a si longtemps à aujourd’hui – pour, en retrouvant la mémoire de la mémoire collective dans une mémoire individuelle, rendre la dimension vécue de l’Histoire. »

Nous procéderons maintenant à l’analyse des procédés littéraires employés par Ernaux afin d’objectiver sa trajectoire individuelle.

Annie Ernaux avait déjà recours en 1984, avec La Place, à l’écriture de la distance. Cette position narrative dépourvue de marques affectives rappelle l’expression d’ « écriture blanche » introduite par Roland Barthes (dont Annie Ernaux est lectrice) dans Le degré zéro de l'écriture

L’écriture blanche, ou « plate », dans le cas d’Annie Ernaux, désigne une voix et un style dépouillés, sans intonation, paradoxalement dans une sorte d'absence idéale de style qui permettrait une exploration objective de la réalité.

Selon le philosophe Paul Ricoeur, « le temps devient humain dans le mesure seulement où il est articulé de manière narrative. » Or, le temps du récit "palimpseste" des Années d’Ernaux (pour reprendre une expression de l'épilogue), dévale dans un imparfait non limitatif, sans bornes fixes, un temps de l’arrière-plan accentuant l’effet de mouvement insaisissable du temps humain : « Ce sera un récit glissant, dans un imparfait continu, absolu, dévorant le présent au fur et à mesure jusqu’à la dernière image d’une vie. »
Si les ouvrages précédents d’Annie Ernaux étaient tous rédigés à la première personne du singulier et construits sous la forme d’un monologue intérieur, procédé associer à l’autobiographie en ce sens que l’auteur, le narrateur et le personnage principal sont identifiés comme étant une seule personne, Les années est écrit à la troisième personne du singulier lorsqu’il est question d’Ernaux elle-même, rapportant donc les pensées d’une femme autre que celle qui écrit, une femme au passé révolu.
Mais plus que tout autre signe textuel, c’est l’emploi de la première personne du pluriel pour décrire l’histoire commune, et qui appelle nécessairement à l’identification du lecteur, qui donne sa véritable valeur collective à l’œuvre
« Aucun "je" dans ce qu’elle voit comme une sorte d’autobiographie impersonnelle – mais "on" et "nous" - comme si, à son tour, elle faisait le récit des jours d’avant. »
En définitive, l’analyse des thèmes abordés par l’auteur des Années, dont, notamment, les rapports de classes, et particulièrement l’évolution de la condition féminine sont au cœur des préoccupations, de même que les procédés littéraires employés par Ernaux, telles que les stratégies de mise à distance objectivante, nous permet de constater le caractère sociopolitique de l’œuvre, et de souligner la pertinence de cette extraordinaire synthèse sociale, historique et intime.




















samedi 7 mars 2009

fiou

"Le bonheur c'est le temps que dure la surprise d'avoir cessé d'avoir mal."

Réjean Ducharme, L'hiver de force

samedi 21 février 2009

In the cold


Forsaken, fucking in the cold,
eating each other, lost
runny noses,
complaining all the time
like so many
people
that we know

(Richard Brautigan)

lundi 16 février 2009

Vivre



Et je ne vous dis pas que l'on ne peut pas vivre sans amour : on peut, et c'est même ce qu'il y a de si dégueulasse.

Romain Gary

lundi 9 février 2009

Temps


"Inelegantly and without my consent, time passed."

(Miranda July, No one belongs here more than you)

mardi 3 février 2009

Hurler

Écrire, c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit.
(Marguerite Duras)

samedi 31 janvier 2009

Crépuscule

Journal: le besoin de consigner toutes les réflexions amères, par l'étrange peur qu'on arriverait un jour à ne plus être triste.

(
Emil Michel Cioran, Le crépuscule des pensées )